Le jōdō (杖道) est un art martial traditionnel japonais inventé au XVIIe s. Il enseigne le maniement du (杖, bâton mesurant environ 1,28 m de long pour 2,4 cm de large) pour se défendre face à un sabre, à travers des combats codifiés appelés kata. Contrairement au kendō, il n'y a pas de combat libre ; c'est par la répétition des exercices techniques et des kata que l'élève forge son expérience martiale. Il acquiert peu à peu une forme de corps, des réflexes, une perception et une sensation qui lui permettent de développer une pratique sincère et juste, en harmonie avec son partenaire.

Origines

Musō Gonnosuke Katsuyoshi

Musō Gonnosuke Katsuyoshi

L'invention du jō et des techniques associées remonte au début de l'ère Edo (1600-1868). On la doit à un samurai nommé Musō Gonnosuke Katsuyoshi (夢想權之助勝吉), qui était expert en sabre, et détenait notamment un menkyo1 de l'école Tenshin Shōden Katori Shintō Ryū (天真正伝香取神道流), aujourd'hui classée Trésor National du Japon.

Autour de 1610, Musō Gonnosuke rencontra Miyamoto Musashi et le provoqua en duel. Selon le Nitenki :

Lorsque Musashi était à Edo, il rencontra un adepte nommé Musō Gonnosuke qui demanda à se battre contre lui. Gonnosuke utilisa un sabre en bois. Musashi était en train de fabriquer un petit arc, il prit un morceau de bois à brûler. Gonnosuke l'attaqua sans même le saluer, mais il reçut de Musashi un coup qui le fit tomber. Il fut impressionné et partit.

Le kaijō monogatari attribue à cette défaite l'origine du jōdō :

Après cette expérience, Gonnosuke persévéra, il s'installa au mont Hōman-zan dans la région de Chikuzen (Fukuoka). Il y élabora son art et finit par fonder une école en utilisant un bâton de quatre shaku deux sun (1,28 m environ). Il nomma son école Shintō Musō Ryū car il avait étudié auparavant l'art du sabre de l'école Shintō Ryū2 sous la direction de Sakurai Osuminokami Yoshikatsu.

Selon la tradition, un second duel opposa les deux protagonistes quelques temps plus tard. Musō Gonnosuke, grâce à son jō, serait parvenu à défaire la technique des deux sabres de Miyamoto Musashi (une variante de la légende prétend qu'ils n'auraient pu réussir à se départager), mais lui aurait laissé la vie sauve, s'acquittant ainsi de sa dette envers lui. Néanmoins, aucune source fiable n'atteste que les deux hommes se soient à nouveau rencontrés.

Par la suite, la tradition Shintō Musō Ryū fut transmise au sein du clan Kuroda de Fukuoka. Avec la restauration Meiji et la disparition de la caste des samurai, l'enseignement de l'école s'ouvrit au reste du Japon, et après la deuxième Guerre Mondiale, les élèves étrangers furent admis au sein de l'école3.

Héritage et modernité

Aujourd'hui, la pratique du jōdō commence par l'apprentissage d'un ensemble réduit de formes, que l'on nomme sētē gata. Afin de rendre la discipline plus accessible et inciter les pratiquants de kendō à étudier également le jō, la fédération japonaise de kendō4 a élaboré ce cursus, basé sur douze kata inspirés de ceux de la tradition Shintō Musō Ryū. À l'instar du kendō, la progression est sanctionnée par un système de grades dan. Ces kata sont complétés par une série de douze exercices préparatoires appelés kihon. L'ensemble constitue une synthèse représentative des techniques de jō de l'école Shintō Musō Ryū.


  1. Titre reçu à l'issue de l'instruction autorisant à transmettre les enseignements de l'école.
  2. Kasumi Shintō Ryū Kenjutsu.
  3. Notamment l'américain Donn F. Draeger, qui reçut à titre posthume le menkyo kaiden de la tradition Shintō Musō Ryū.
  4. Zen Nihon Kendō Renmei (ZNKR).